Changer les comportements grâce aux dessins animés

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Une bourse spéciale du CRSH (le Conseil de recherche en sciences humaines) offerte dans le contexte du programme Les textes, les documents visuels, le son et la technologie permettra à Evelyne Corcos, professeure de psychologie à Glendon, de mener une trépidante incursion dans le monde des technologies utilisées pour modifier les comportements.
Non, ce n’est pas une nouvelle technique de lavage de cerveau! Le projet d’E. Corcos consiste à mettre en place une plate-forme Internet, d’où l’on pourra accéder à une base de données interrogeable contenant des centaines de mises en situation. Par le biais de la technologie multimédia, celles-ci illustreront certains problèmes sociaux vécus par les adolescents.

Ce que ça veut dire? Des particuliers (enseignants, professeurs, psychologues, étudiants, tous ceux que ça intéresse) tournent de courtes vidéos illustrant des problèmes de comportement qui les dérangent, pour une raison ou pour une autre : un enseignant aux prises avec des élèves qui perturbent la classe; un élève objet de moquerie, victime d’exclusion ou du comportement agressif de ses pairs; des personnes handicapées terrassées par l’impuissance… Quelle que soit l’expérience sociale négative, cet outil donne à voir aux utilisateurs des expériences similaires réellement vécues par d’autres, qui leur donneront le courage de faire un effort et de vaincre l’adversité. De plus, le fait que le médium soit visuel plutôt que textuel permet aux personnes dont les capacités langagières ou informatiques sont limitées de profiter pleinement de l’expérience.

Voici comment cela fonctionne : les étudiants qui participent au projet préparent ou repèrent une courte vidéo qui illustre un comportement particulier. On leur demande ensuite de proposer des solutions au problème présenté, en exprimant leurs idées devant une caméra vidéo. Ce processus fondé sur la parole permet à chacun de participer pleinement, qu’il souffre de difficultés d’apprentissage ou de handicap physique, d’une carence dans les habiletés d’écriture ou d’un manque d’expérience dans la technologie informatique. Les élèves ont accès aux réponses des autres pendant qu’ils mettent au point leur propre solution, et ils peuvent choisir les solutions offertes par d’autres participants. La technique de la vidéo les force à exposer la logique qui sous-tend leur choix, puisque le but n’est pas de répondre « vrai » ou « faux », mais plutôt « ça dépend » : ce qui est adéquat dans une situation peut être tout à fait inadéquat dans une autre.

Une innovation géniale : les scènes filmées sont automatiquement converties en dessins animés par le logiciel. Cela crée une atmosphère ludique, non protocolaire, qui met les utilisateurs à l’aise… tout en protégeant l’identité des participants à la vidéo originale. Véritable aubaine pour les enseignants, les étudiants, les psychologues et les travailleurs en santé mentale, cette base de données constituera également une ressource fabuleuse pour les chercheurs des domaines connexes, quand une collection importante de vidéos aura été amassée.


« La subvention de cette année couvrira la première phase du projet, explique E. Corcos. Il s’agit de mettre au point un prototype pouvant importer un format vidéo, un format audio et deux formats textes. » En collaboration avec une équipe technique, elle travaille à la création de la plate-forme et des modèles de mises en situation dont ils auront besoin. Elle espère obtenir une autre bourse de recherche l’an prochain, ce qui lui permettra de poursuivre le projet avec un prototype fonctionnel.

E. Corcos récolte des vidéos de situations pertinentes grâce à ses étudiants de troisième année en psychologie, et quelques séquences ont déjà été tournées sur les thèmes de la cigarette et de la pression des pairs. Elle mettra les modèles à l’essai dans le milieu contrôlé de la salle de classe, et bénéficiera des commentaires des étudiants. Elle s'efforce aussi d’établir des liens avec une école secondaire qui compte beaucoup d’étudiants « à risque élevé », afin d’augmenter le parc d’utilisateurs dans la phase de développement.

« Habituellement, les adolescents à risque ne réussissent pas bien à l’école, ils ont des comportements agressifs, violents, des problèmes d’addiction et d’autres genres de problèmes émotionnels, explique E. Corcos. Ils trouvent souvent que la vie scolaire a peu de rapport avec leur réalité. Par conséquent, ils choisissent de quitter l’école avant d’avoir acquis les habiletés en littératie ou les compétences professionnelles qui leur permettraient d’occuper un emploi décent. Résultat : certains penchent pour la criminalité, d’autres succombent aux addictions, à la maladie mentale ou se retrouvent parents trop jeunes. Ils deviennent dépendants de l’aide sociale et d’autres institutions publiques. Ce nouvel outil déterminé par le contexte et fondé sur la parole les encouragera à utiliser et à exercer leurs stratégies de fonctionnement social et à les adapter à des contextes qui sont cruciaux pour la réussite. »

Cet article est proposé par l’agente de communication de Glendon, Marika Kemeny.


Publié le 3 April 2007